INFORMATION SUR LES MONUMENTS AUX MORTS
 

Texte communiqué par Martine Rouche, guide conférencier
 
Introduction
 
La loi du 25 octobre 1919 définit l’institution d’un Livre d’Or dans chaque commune, glorifiant les victimes de la Grande guerre. Ce Livre d’Or devra être déposé au Panthéon et chaque commune en recevra un exemplaire. Il devra renfermer les noms des combattants des armées de terre et de mer, ainsi que ceux des « non-combattants ayant succombé à la suite d’actes de violences commis par l’ennemi, soit dans l’exercice de fonctions publiques, soit dans l’accomplissement de leur devoir de citoyen », morts entre le 2 août 1914 et le 24 octobre 1919, date officielle de la cessation des hostilités. Ce Livre d’Or n’a jamais été versé au Panthéon. Le Conseil régional d’Occitanie en détient une copie. (1) Cette loi suscite le recensement de ces morts et prépare l’apparition des monuments aux morts, qui sont des cénotaphes et non des tombeaux.
Le mot monument, du latin monumentum, est construit sur la racine mon, qui évoque une activité intellectuelle, la notion d’avertissement et de rappel, et plus précisément le fait de se souvenir. Un monument est donc un ouvrage d’architecture qui perpétue un souvenir.
L’article 5 de cette loi précise que des subventions seront accordées par l’Etat aux communes, en proportion de l’effort et des sacrifices qu’elles feront en vue de glorifier les héros morts pour la patrie. Pour un ratio de 3 à 4,5 % entre le nombre de morts et le nombre d’habitants, l’Etat accorde 7 à 8 % du budget prévisionnel. Le second critère est la valeur du centime rapporté à la population en 100 habitants ou centime additionnel communal (majoration du montant de certains impôts au profit des communes, utilisée comme base de calcul inversement proportionnel).Les petites communes ayant peu de moyens et l’État ne pouvant compenser, des comités de souscription se créent pour trouver des fonds et commander le monument.Plus de 36 000 monuments aux morts furent érigés en France entre 1919 et 1926, généralement un dans chaque commune sous la pression des anciens combattants et des familles, et bien qu’il n’y ait pas eu obligation pour les communes de construire un monument commémoratif. Le monument aux morts devient le lieu de rassemblement, de recueillement, de culte laïque, autour des 1 400 000 morts du seul côté français, dont près de la moitié ne purent bénéficier d’une sépulture parmi lesquels 350 000 disparus « pulvérisés sur le champ de bataille », comme l’écrit l’historien Jean-Yves Le Naour.
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1. Roques (P.), Patrimoine Mémorial. Service Connaissance du Patrimoine, 2013.
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Typologies des monuments aux morts
 
Une typologie (2) établie par la Mission Permanente à la Commémoration et à l’Information historique, émanant du Secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants et aux Victimes de guerre, répartit les monuments en huit types :
1. Les monuments simples, généralement des stèles, avec pour symbole un coq.
2. Les Poilus, au combat, au repos, arrêtant l’ennemi, en groupe, mourants, morts.
3. Les allégories, de la Victoire, de la patrie, du deuil.
4. Les monuments régionaux, avec costumes ou objets reconnaissables.
5. Les monuments chrétiens, généralement situés dans une église ou un cimetière, et comportant une croix.
6. Les monuments corporatifs.
7. Les monuments et l’Histoire.
8. Les monuments à architecture complexe (arcs de triomphe).
Antoine Prost (3) établit une autre typologie :
1. Les monuments civiques, laïques et républicains sont les plus nombreux, et placés symboliquement près de la mairie ou de l’école. De style dépouillé, ils portent la sobre mention de la reconnaissance de « La commune à ses enfants morts pour la France ».
2. Les monuments patriotiques, qui glorifient la patrie et la victoire, sont très en vue, sur la place publique, et portent un poilu triomphant, le coq gaulois, des signes allégoriques de victoire et un vocabulaire appartenant au champ lexical de l’honneur.
3. Les monuments funéraires patriotiques exaltent le sacrifice des morts. Ils sont placés près de l’église ou dans le cimetière. On note souvent la présence d’une croix et les références sont la patrie et la religion.4. Les monuments purement funéraires soulignent l’ampleur du deuil. On y voit un poilu blessé, mourant ou mort. Il n’y a pas de référence à la patrie mais la seule image immédiatement compréhensible du soldat mort ou blessé. L’inscription est souvent « À nos morts », « Aux soldats morts à la guerre », ou « Aux enfants de … morts pour la France ». 5. Les monuments pacifistes : il serait opportun de les scinder en deux groupes, ceux qui dénoncent violemment la guerre, avec des formules telles que « À bas la guerre ! » ou « Maudite soit la guerre ! », que l’on pourrait appeler « antimilitaristes », et ceux qui montrent le deuil et la souffrance du cercle familial, par l’image d’une veuve, ou de parents, ou d’un orphelin. De la vie locale et de l’intime, le monument s’élève symboliquement au cercle collectif, par les deuils partagés, jusqu’au rang de l’universel. Parfois qualifiés de doloristes, sans doute du fait de la présence de femmes, les monuments de ce style enjoignent le passant au silence, à la réflexion intérieure, à la compassion, à la gratitude.
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2. Monuments de mémoire ; monuments aux morts de la Grande guerre, 1991.3. Prost (A.), Les Anciens combattants, Folio Histoire, 2014.